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L’oreille joue un rôle déterminant dans l’évolution de l’apprentissage du langage chez les enfants atteints du syndrome de Down

La thérapie selon la méthode de Tomatis* ? Personne ne la connaît. Et c’est bien dommage, car pour favoriser l’éveil d’un enfant atteint du syndrome de Down, l’APP serait un atout majeur selon Ellen Schlag, originaire de Halle (Allemagne). Elle possède une longue expérience dans ce domaine, acquise tout d’abord dans le suivi de sa fille, Melanie, et ensuite avec d’autres enfants atteints du syndrome de Down, en tant que thérapeute APP certifiée, dans son propre cabinet et ceux de ses collègues.
 
Qui était Alfred Tomatis ?
Alfred Tomatis naquit en 1920 après seulement 6,5 mois de grossesse, à Nice, dans le Sud de la France. A sa naissance, il ne pesait que 1300 grammes. Cette naissance surprit tout le monde, car sa mère, une jeune italienne de 16 ans, avait tout simplement serré son corsage pour cacher sa grossesse. Il n’y eut jamais de véritable relation entre l’enfant et la mère. S’il avait des contacts avec son père, un chanteur d’opéra, c’est à sa grand-mère paternelle, elle-même mère de 24 enfants, qu’il dut sa vie. Car c’est elle qui l’avait élevé et soigné pendant ses innombrables maladies. En effet, Alfred Tomatis n’avait pas été un enfant facile. De constitution chétive, il pleurait beaucoup, n’excellait pas à l’école et n’avait guère de contacts avec ses camarades.
 
A onze ans néanmoins, il partit tout seul à Paris pour faire ses études au Lycée Pasteur. Il s’installa près de son père, mais dans son propre logement. Pour gagner sa vie, il travaillait et étudiait jour et nuit. Pour apprendre, il récitait toujours à haute voix, en écoutant Mozart et les chants grégoriens, et en déambulant dans sa chambre. Après son baccalauréat, il entreprit des études de mathématiques, de physique et de chimie à la Sorbonne. A 20 ans, il obtint ses diplômes avec la mention très bien. Pendant la guerre, après seulement un an de médecine, il fut affecté à un lazaret de campagne, où il assimila tout seul le programme des deuxième et troisième années de médecine, qu’il présenta en
 
auditeur libre avec un score tout à fait honorable. Dès l’âge de 24 ans, il acheva sa spécialisation d’ORL. Il s’ensuivit une période de recherche intense, de tests, d’essais et d’études, pendant laquelle il fit passer des tests d’audition aux ouvriers et aux pilotes d’avion d’une usine de réacteurs pour avions. Via son père, il se spécialisa dans le traitement des problèmes spécifiques aux chanteurs d’opéra. Il mena une grande variété d’essais sur l’audition intra-utérine. Ensuite de quoi, intègre la somme de ses découvertes dans ce qu’il appelle l’Audio-Psycho-Phonologie.
 
Durant toute sa vie, Alfred Tomatis fut à la recherche d’explications. La grossesse indésirable et l’accouchement prématuré furent à l’origine de sa quête et de ses recherches incessantes dans le domaine de l’audition intra-utérine, et de l’impact de cette dernière sur la vie du sujet adulte.
 
L’inventeur de l’Audio-Psycho-Phonologie (APP)
Pendant de longues années, l’otho-rhino-laryngologiste français, le Prof. Dr. Alfred Tomatis a enquêté sur les relations d’interdépendance existant entre l’ouïe, le corps, le psychisme et la voix. Les résultats de sa recherche ont donné naissance à une nouvelle discipline scientifique, appelée l’Audio-Psycho-Phonologie (APP).
 
Les trois Lois de Tomatis
  • La voix ne contient que ce que l'oreille entend », ou, pour l’exprimer autrement: La voix ne contient (ou le larynx ne produit) que les harmoniques que l’oreille peut entendre
  • Si l'on rend à l'oreille lésée la possibilité d'entendre correctement les fréquences perdues ou compromises, celles-ci sont instantanément et inconsciemment restituées dans l'émission vocale.
  • La stimulation auditive entretenue pendant un temps déterminé modifie, par phénomène de rémanence, la posture d'auto-écoute du sujet, et par voie de conséquence, sa phonation.
 
En 1957, Raoul Husson reproduit les expériences faites par Tomatis à la Sorbonne et en confirme l’effet thérapeutique, qu’il baptise « Effet Tomatis.
 
La signification de l’oreille
L’oreille est le premier organe entièrement développé et opérationnel du fœtus, dès l’âge de quatre mois et demi de grossesse. Aussi, l’oreille est la clé de l’évolution physique, mentale; sociale et communicationnelle de l’enfant.
 
L’oreille regroupe deux fonctions : l’ouïe et l’équilibre. L’ouïe est responsable de l’expression linguistique et phonatoire et donc de la communication. L’équilibre en revanche influe sur la posture droite de l’individu.
 
L’entraînement auditif mis au point par le Prof. A. Tomatis a un impact positif sur le corps, le psychisme et la communication de l’individu. Il renforce la motricité, les compétences linguistiques et sociales, les capacités mentales, l’équilibre émotionnel, un comportement actif et harmonise l’ensemble des fonctions de l’organisme.
 
L’audition intra-utérine
Selon Jozef Vervoort, Directeur du grand centre de thérapie APP de St-Trond en Belgique, un enfant atteint du syndrome de Down naît avec 50 % de connexions neuronales en moins entre les hémisphères gauche et droite du cerveau qu’un enfant n’ayant pas ce défaut génétique.
 
La capacité à apprendre dépend de l’évolution du cerveau, à savoir de la capacité des neurones à se réorganiser et à former constamment de nouvelles connexions, et par conséquent, à élaborer des empreintes psychiques nouvelles. C’est pendant la vie intra-utérine du bébé que se construisent les bases de sa conscience et de ses capacités à venir. L’APP permet de créer délibérément de nouvelles connexions neuronales.
 
Pour ce faire, l’enfant est immergé dans un bain acoustique prénatal, où il entend de préférence les fréquences aigues de la voix maternelle.
 
Notre chemin vers la méthode Tomatis
Dans le cadre d’un cercle de travail dédié à l’intégration, j’ai fait la connaissance d’un père qui faisait le tour du monde avec sa famille pour trouver de l’aide pour son fils. Celui-ci avait subi un traumatisme crânien dans un accident de moto et s’était retrouvé invalide total. Ce monsieur m’a parlé de la Belgique en me disant que « là-bas, il y avait aussi des enfants comme le mien ». Je lui demandai de m’apporter un dépliant de son prochain voyage, et c’est ainsi que je fis la connaissance de l’APP. Dans un premier entretien téléphonique avec une collaboratrice du Centre Atlantis, j’appris que la thérapie réussissait particulièrement bien chez les enfants atteints du syndrome de Down. Et je comptais bien l’essayer !
 
Nos expériences avec Mélanie
Notre première visite au Centre de thérapie Atlantis en Belgique eut lieu quand Mélanie n’avait que 5 ans et demi. Dès le soir de la première journée de thérapie, elle montait les escaliers en mettant un pied devant l’autre, ce qu’elle n’avait jamais réussi auparavant. Les jambes flageolaient certes encore un peu, mais quelque part, un déclic s’était fait ! Dès les premières pauses entre les séances d’écoute, elle commença à manifester une activité physique et langagière hors du commun. De retour à la maison après la première session d’écoute, elle fut capable de faire du vélo avec de petites roues de soutien. Quelle satisfaction pour elle après trois ans d’efforts ! Depuis, son regard est plus ouvert, elle s’intéresse davantage à son environnement, pose des questions. Elle demande p. ex. le nom des pièces du vélo, et à quoi elles servent. D’ailleurs elle appréhende mieux les signaux de son corps, et sut désormais presque toujours se rendre aux toilettes à temps.
 
En mai, nous retournâmes en Belgique pour la deuxième session d’écoute. Mélanie cherchait manifestement de nouveaux défis pour son sens de l’équilibre, désirait faire de la balançoire ou de l’escalade. Sa motricité fine s’améliora, elle commença enfin à dessiner et à faire des puzzles de 20 ou 49 pièces. Son sommeil aussi se fit plus réparateur et plus profond.
 
Au mois de juillet, nous regagnâmes la Belgique pour une troisième session d’écoute. Dès le début de cette dernière, le comportement de Mélanie changea.
 
Elle devint plus confiante, une véritable petite personne, butée et effrontée. Elle acquit une perception plus fine d’elle-même et de son environnement et chercha désormais sans cesse de nouveaux défis et de nouvelles personnes auxquelles se mesurer. Elle n’eut plus besoin de faire la sieste, gérait mieux ses forces en journée, se montrait plus active. Depuis, elle a plein de choses à raconter et se montre même volubile. Son évolution s’accélère d'ailleurs dans tous les domaines, et Melanie fait preuve d’une grande volonté dans tout ce qu’elle entreprend. Pendant nos vacances aux Pays-Bas, nous avons finalement pu faire notre première excursion familiale à vélo.
 
Dès le mois d’octobre, nous avons attaqué la quatrième session d’écoute. Celle-ci se solda par des progrès essentiellement centrés sur la communication. Melanie commença à discuter avec d’autres enfants, mais surtout, elle souleva des questions sur les mots et leur signification, commençait à restituer des contes entendus quasiment à l’identique et en inventa de nouveaux. C’est également à partir de ce moment que l’on put déceler qu’elle serait droitière.
 
Au total, Melanie a bénéficié de huit sessions d’écoute sur une période de deux ans au Centre de Thérapie Atlantis en Belgique.
 
Dès la classe de CP dans une école primaire intégrative, Melanie apprit l’alphabet entier en caractères d’imprimerie, au même rythme que tous les autres enfants. Au CM1, elle apprit tout l’alphabet en écriture attachée. Depuis, elle ne cesse d’améliorer ses performances en lecture, écriture et en expression orale.
 
A présent elle fréquente la 5e dans une école générale intégrée (Gesamtschule), où elle étudie « La classe volante* » de Erich Kästner. La lecture et l’écriture sont ses passe-temps favoris. Elle lit des livres qui l’intéressent, même très gros, en très peu de temps et elle en comprend le contenu. Ainsi, elle a acquis un vocabulaire extrêmement riche et une excellente orthographe.
 
Quand je pense qu’à quatre ans, Melanie ne parlait pas encore, je peux dire que le langage, principal moyen de communication dans les relations humaines, a pris un essor formidable chez elle. Elle est devenue une jeune fille équilibrée, joyeuse et qui ne manque pas d’assurance.
 
Ravie de l’évolution de Melanie et des retours positifs des autres parents de notre association „Down-Kind Halle (Saale) e.V.“ (Enfants atteints du syndrome de Down à Halle), qui avaient cherché conseil auprès d’autres thérapeutes un peu partout, je décidai de suivre une formation APP en Belgique.
 
Le retour d’expérience de mon propre cabinet
  • La création de nouvelles connexions neuronales accroît les possibilités d’évolution, tout particulièrement chez les enfants atteints du syndrome de Down.
  • Après une thérapie d’écoute APP, les enfants atteints du syndrome de Down répondent mieux aux thérapies conventionnelles comme la physiothérapie, l’orthophonie et l’ergothérapie.
  • Pour accompagner l’acquisition du langage, je m’appuie sur des supports visuels pendant les sessions d’APP, et sur la facilité particulière qu’ont les enfants atteints du syndrome de Down pour tout ce qui est visuel.
  • L’Audio-Psycho-Phonologie est bénéfique quel que soit l’âge, mais c’est essentiellement à l’âge préscolaire / âge de la maternelle, soit entre trois ans et six ans, que la réussite est fabuleuse. D’ailleurs la scolarisation dans une école intégrative s’en trouve facilitée pour tout le monde.
 
Le test d’écoute
La thérapie d’écoute APP débute par un diagnostic. Un test d’écoute est réalisé à l’aide d’un appareil appelé audiomètre, étalonné sur le niveau d’écoute dit de Tomatis (Tomatis-Hearing-Level). Cet appareil permet de déceler les seuils d’audition par conduction aérienne et osseuse, de vérifier l’audition directionnelle et la capacité de différenciation des sons du sujet. Les résultats de ce test sont ensuite évalués à différents niveaux au cours d’une discussion avec les parents de l’enfant.
 
L’Audio-Psycho-Phonologie
Ensuite, la thérapie APP débute. Il s’agit d’une thérapie d’écoute, où l’on propose à l’enfant d’écouter de la musique de Mozart, des chants grégoriens ou la voix de la mère, le tout modifié et filtré, à l’aide d’un dispositif appelé « Mozart-Brain-Activator » ou « Oreille électronique ». Pour ce faire, on utilise des casques spéciaux, faisant appel à la conduction aérienne (à l’aide des oreillettes) aussi bien qu’osseuse (à l’aide d’un vibrateur intégré). Durant les sessions d’écoute, une écoute active est encouragée, que l’on pourrait désigner par une « volonté d’écoute » ou une « écoute attentive ».
 
Les différentes phases de la thérapie APP
Le principe de la thérapie de l'écoute APP consiste à refaire le parcours des phases du développement auditif pour permettre une intégration sans trouble du sens de l’ouïe et du sens de l'équilibre.
 
  • Phase n°1 – Mise en condition et rapatriement acoustique dans l’écoute prénatale
  • Phase n°2 – Ecoute prénatale : celle-ci agit sur le schéma de communication en place. Cette phase suscite la volonté et la motivation de communiquer
  • Phase n°3 – Accouchement sonique : conversion de la perception auditive en transmission de son dans l’air.
  • Phase n°4 – Phase d’expression active : le sujet parle, chante ou lit dans un micro.
Déroulement de la thérapie d’écoute APP
La thérapie se déroule en plusieurs sessions, la première sur une période de 15 jours, avec deux heures de séances d’écoute par jour. Pendant les séances,l’enfant porte un casque et peut jouer, faire des travaux manuels, dessiner ou regarder des livres. La mère, qui l’accompagne, écoute au début les mêmes morceaux de musique que l’enfant. Durant la seconde phase, l’enfant entend dans des conditions prénatales les fréquences aigues de la voix maternelle. Pendant ce temps, la mère bénéficie d’un programme d’accompagnement correspondant à ses besoins.
 
Après une pause d’environ quatre à six semaines intervient la deuxième session d’écoute, d’une durée de huit jours de thérapie d’écoute. Les sessions qui suivent sont toutes des sessions de huit jours, toutefois entrecoupées de pauses de plus en plus longues. La durée de la thérapie peut varier, mais il faudra prévoir au minimum un an, car on ne peut pas changer une personne du jour au lendemain.
 
L’Institut Atlantis
L’Institut Atlantis de St-Trond (Belgique) est actuellement le plus grand centre APP du monde et les clients affluent d’un grand nombre de pays. La thérapie est dispensée 363 jours par an, seuls les réveillons de Noël et de la Saint-Sylvestre sont chômés. Le nom du centre, „Atlantis“, (Atlantide) est tout un programme, car on tente de révélér au grand jour les trésors cachés des hôtes, petits et grands, de l’institut. Le plus jeune hôte du centre avait été un bébé de deux mois, le plus âgé, un sénior de 95 ans.
 
L’histoire du Centre Atlantis a débuté en 1983, dans la maison familiale que Jozef Vervoort habitait avec ses deux enfants. Entre-temps, le centre a accueilli 16 000 enfants et 8 000 adultes pour la thérapie de l’écoute. Il emploie 42 permanents et compte 310 lits dans plusieurs bâtiments (en janvier 2009). L’association d’utilité publique Atlantis propose à ses hôtes des commodités depuis la chambre simple jusqu’à l’appartement pour six personnes, ainsi qu’une restauration variée dans la Cafétéria. Bien évidemment, les séjours les plus convoités se situent pendant les vacances scolaires, où une réservation est indiquée. L’entraînement d’écoute est très intense en Belgique : la journée s’articule autour de neuf séances d’écoute de 30 minutes, organisées en trois sessions. La première session thérapeutique compte douze jours, contre cinq les sessions suivantes. Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page d’accueil de l’institut : www.atlantis-vzw.com.